Entre le kilowattheure de chaleur le moins cher et le plus cher, l’écart n’est pas de quelques pour cent. Il est d’un facteur trois. C’est ce que donnent les tarifs de l’automne 2026 une fois ramenés à la seule unité qui permette de comparer des énergies qui ne se vendent ni dans le même conditionnement, ni au même rendement.
Le stère se compte en mètres cubes apparents, le granulé en tonnes, le gaz en kilowattheures PCS majorés d’un abonnement, l’électricité en kilowattheures secs. Tant que tout n’est pas converti en centimes par kilowattheure réellement restitué dans la pièce, la comparaison de comptoir ne vaut rien.
Ramener quatre énergies à la même unité
Le calcul tient en trois opérations : prix d’achat, divisé par le contenu énergétique du combustible, divisé par le rendement de l’appareil. La dernière division est celle qu’on oublie, et c’est elle qui déclasse le gaz et l’électricité directe.
Les conventions retenues ici sont celles du marché : un stère de feuillus durs mélangés à 20 % d’humidité contient environ 1 800 kWh, un kilo de granulé certifié 4,8 kWh, le gaz est facturé en kWh PCS, et un kilowattheure d’électricité reste un kilowattheure. Côté appareils : 75 % de rendement pour un poêle à bûches Ecodesign en usage réel, 90 % pour un poêle à granulés, 95 % sur PCS pour une chaudière à condensation, 100 % pour un convecteur, et un coefficient saisonnier de 3,2 pour une pompe à chaleur air-eau.
| Énergie | Prix constaté, automne 2026 | Contenu et rendement | kWh de chaleur |
|---|---|---|---|
| Bûches de feuillu dur livrées sèches | 102 € le stère | 1 800 kWh, poêle à 75 % | 7,6 centimes |
| Granulés en sacs ou en vrac | 430 € la tonne | 4,8 kWh/kg, poêle à 90 % | 10,0 centimes |
| Gaz naturel, prix repère CRE d’octobre | 0,14558 € le kWh | condensation, 95 % sur PCS | 15,3 centimes |
| Électricité, convecteurs | 0,2001 € le kWh | rendement 100 % | 20,0 centimes |
| Électricité, pompe à chaleur air-eau | 0,2001 € le kWh | coefficient saisonnier 3,2 | 6,3 centimes |
Le prix des bûches est la moyenne nationale du feuillu dur sec livré, qui recouvre des écarts régionaux importants, de 92 à 117 € selon le prix du stère relevé région par région. Celui du granulé correspond aux relevés de septembre 2026, entre 387 et 433 € la tonne selon le conditionnement et la date de commande.
Ce que ça donne sur une saison entière
Prenons une maison de 110 m² correctement isolée, qui demande 12 000 kWh de chaleur par an. C’est un besoin courant pour une construction des années 1990 rénovée, et il se recalcule pour votre logement à partir de notre méthode pour estimer combien de stères consomme une maison selon son isolation et son appareil.
| Solution | Combustible appelé | Facture annuelle d’énergie |
|---|---|---|
| Pompe à chaleur air-eau | 3 750 kWh d’électricité | 750 € |
| Poêle à bûches | 8,9 stères | 907 € |
| Poêle à granulés | 2 780 kg | 1 219 € |
| Chaudière gaz à condensation | 12 630 kWh PCS | 2 200 €, abonnement compris |
| Convecteurs électriques | 12 000 kWh | 2 401 € |
Plus de 1 600 € séparent les deux extrémités du tableau, chaque année, pour exactement la même température dans les mêmes pièces.
L’abonnement, le poste qui fausse la moitié des comparaisons
La ligne « gaz » du tableau ci-dessus intègre un montant que presque aucun comparatif ne fait apparaître : 360,79 € d’abonnement annuel, au prix repère de la CRE pour un foyer chauffé au gaz. Ramené aux 12 000 kWh de l’exemple, il ajoute trois centimes au kilowattheure et fait passer le gaz de 15,3 à 18,3 centimes de chaleur.
Cet abonnement n’existe que parce que le logement est raccordé au réseau : il disparaît le jour où le chauffage au gaz s’arrête, il appartient donc bien au coût du chauffage.
L’abonnement électrique se traite à l’inverse. Ses 190,32 € par an en 6 kVA option Base se paient dans tous les cas, ne serait-ce que pour l’éclairage et le réfrigérateur : les imputer au chauffage n’aurait pas de sens. Seule exception, le passage de 6 à 9 kVA qu’impose souvent un chauffage tout électrique, qui coûte une soixantaine d’euros supplémentaires par an. Le bois et le granulé, eux, n’ont ni abonnement, ni acheminement, ni taxe fixe : le prix payé au fournisseur est le prix complet.
Reste la question de la stabilité. Le prix repère gaz a bondi de 7,3 % en septembre 2026 puis de 8 % au 1er octobre, passant de 0,13474 à 0,14558 € le kWh, quand la bûche de feuillu dur a varié de moins de 5 % sur un an.
Le coût complet, investissement et entretien compris
Un classement par le combustible seul avantage mécaniquement les appareils les plus chers à installer. Voici le même exercice avec l’investissement posé amorti sur vingt ans, durée volontairement identique pour toutes les solutions, et l’entretien annuel réel.
| Solution | Investissement posé | Amortissement | Entretien | Total annuel |
|---|---|---|---|---|
| Poêle à bûches | 5 000 € | 250 € | 160 € (deux ramonages) | 1 317 € |
| Pompe à chaleur air-eau | 14 000 € | 700 € | 200 € | 1 650 € |
| Poêle à granulés | 4 500 € | 225 € | 230 € (forfait annuel) | 1 674 € |
| Convecteurs électriques | 1 500 € | 75 € | 0 € | 2 476 € |
| Chaudière gaz à condensation | 5 500 € | 275 € | 150 € (visite obligatoire) | 2 625 € |
Le classement change d’allure. La pompe à chaleur, imbattable sur le combustible, perd l’essentiel de son avance sur l’investissement et se retrouve au coude à coude avec le poêle à granulés. Le poêle à bûches passe devant, parce qu’il cumule le combustible le moins cher parmi les énergies achetées et un ticket d’entrée deux à trois fois inférieur.
Cet amortissement sur vingt ans est un choix de méthode, pas une donnée constructeur. Un poêle à granulés et une pompe à chaleur tiennent plus couramment quinze à dix-sept ans que vingt, ce qui alourdirait leur ligne de 60 à 170 € par an. À l’inverse, le tableau ignore les aides : la pompe à chaleur reste éligible à MaPrimeRénov’ quand le poêle a perdu le forfait par geste, une bascule détaillée dans notre point sur les aides qui subsistent pour un poêle après le décret du 27 août 2026.
Les trois limites à garder en tête
La première est la plus sérieuse : un poêle ne chauffe pas une maison entière. Il couvre 70 à 85 % du besoin dans un volume ouvert, et les chambres éloignées finissent sur des convecteurs dont les kilowattheures se paient 20 centimes. Deux chambres chauffées 2 000 kWh par an ajoutent 400 € à la ligne « bûches », et l’avantage fond de moitié.
La deuxième est le temps passé. Neuf stères représentent une quinzaine d’heures de manutention par saison, entre la livraison, l’empilage, le rentrage hebdomadaire et les cendres. À 102 € le stère, le bois reste gagnant ; à 130 € en petite couronne, le calcul devient discutable pour qui compte son temps.
La troisième est la volatilité. Les prix cités ici sont ceux de l’automne 2026 : le prix repère gaz se révise tous les mois, le tarif réglementé de l’électricité deux fois par an, le granulé suit la saison avec un creux au printemps et un pic en octobre. Seule la bûche, achetée verte et séchée deux ans sous abri, échappe à peu près à ce calendrier, à 60 ou 70 € le stère, soit un kilowattheure de chaleur autour de 5 centimes.
Les questions qu’on nous pose le plus
Le bois reste-t-il gagnant si je dois acheter le poêle et le conduit ? Oui, à condition d’amortir sur la durée. Un poêle avec conduit neuf monte à 7 000 ou 8 000 € posé, soit 375 € par an sur vingt ans au lieu de 250 : le total annuel passe à 1 442 €, toujours sous la pompe à chaleur et très loin du gaz. En revanche, sur un horizon de cinq ans, aucune solution de chauffage ne rembourse son installation.
Pourquoi la pompe à chaleur n’écrase-t-elle pas le classement ? Parce que son avantage porte sur un seul poste. Elle économise 157 € de combustible par an face au poêle à bûches, mais coûte 450 € de plus en amortissement et 40 € de plus en entretien. Son intérêt réel est ailleurs : elle chauffe toute la maison, produit l’eau chaude et ne demande aucune manutention.
Et si je me chauffe au gaz aujourd’hui, est-ce rentable de changer ? Le différentiel annuel avec un poêle à granulés atteint 980 €, avec un poêle à bûches 1 290 €. Un appareil à 4 500 € se rembourse donc en quatre à cinq ans, à condition de couper effectivement l’abonnement gaz, ce qui suppose de ne plus l’utiliser ni pour l’eau chaude, ni pour la cuisson.



