Quatre chênes abattus en bordure de parcelle, deux week-ends de remorque, et douze stères rangés le long du hangar quand la maison en brûle six par hiver. Le voisin en propose 90 € le stère, en enlèvement. La question arrive toujours dans cet ordre : le prix d’abord, la légalité ensuite.
Or la réponse ne dépend ni du montant encaissé, ni du nombre de stères sortis. Elle dépend de l’endroit d’où vient le bois.
Trois origines, trois régimes qui n’ont rien à voir
Une coupe faite sur une parcelle cadastrée en nature de bois, un arbre tombé dans un jardin et une pile achetée pour être revendue ne relèvent pas des mêmes textes, alors qu’ils finissent dans le même poêle.
Le forfait forestier : encaisser sans rien déclarer
C’est le régime le plus favorable du droit fiscal français, et presque personne parmi les petits propriétaires ne sait qu’il le concerne.
Dès qu’une parcelle est cadastrée en nature de bois, l’article 76 du code général des impôts fixe le bénéfice imposable de son exploitation à une somme forfaitaire égale au revenu cadastral de la parcelle, celui qui sert déjà de base à la taxe foncière. Il se compte en dizaines d’euros à l’hectare, rarement davantage.
La conséquence est spectaculaire : les recettes réelles des ventes de coupes ne font l’objet d’aucune déclaration, quel qu’en soit le montant.
Vendez vingt-cinq stères 2 250 € dans l’année : vous reportez malgré tout le seul revenu cadastral, sur la déclaration 2042 C PRO, rubrique des revenus agricoles. Le forfait se déclare d’ailleurs tous les ans, même sans coupe et sans vente.
Deux conditions verrouillent le dispositif. Le bois doit provenir de vos propres bois, une pile achetée à un exploitant puis revendue avec marge basculant dans les bénéfices industriels et commerciaux. Et l’exonération de TVA cesse au-delà de 46 000 € de recettes forestières annuelles, un plafond que la vente de bûches d’un particulier n’approche jamais.
L’arbre du jardin : la vente occasionnelle ne se déclare pas
Un terrain d’agrément, une haie, un verger ne sont pas cadastrés en nature de bois. Le forfait forestier ne s’y applique donc pas, et beaucoup en déduisent à tort qu’il faut déclarer la recette.
La règle est plus simple : vendre ponctuellement un bien issu de son patrimoine privé, ici le produit d’un abattage que l’on n’a pas provoqué dans un but lucratif, ne constitue pas une activité imposable. Douze stères écoulés après une tempête ou l’arrachage d’une haie ne créent ni obligation de déclaration, ni immatriculation. Le mot qui compte est « ponctuellement » : c’est la répétition qui fait basculer, pas la somme.
Les trois signaux qui font d’un particulier un commerçant
L’administration ne raisonne pas en euros, elle raisonne en faisceau d’indices, et trois reviennent systématiquement.
L’achat pour revendre est le plus décisif : acheter du bois sur pied ou en grume pour le débiter et le revendre plus cher est commercial par nature, dès la première opération et quel que soit le volume. La répétition vient ensuite, vendre chaque automne à plusieurs acheteurs différents dessinant une activité habituelle même sans achat préalable. Les moyens mis en œuvre ferment le faisceau : annonces renouvelées, tarif affiché au stère, livraison proposée, fendeuse et remorque dédiées.
Une activité commerciale non déclarée est qualifiée d’occulte, avec des conséquences sans commune mesure avec les sommes en jeu : majoration de 80 % des droits dus, intérêt de retard de 0,2 % par mois, et un délai de reprise porté à dix ans au lieu de trois. S’y ajoute le volet social, le travail dissimulé étant puni de 45 000 € d’amende et de trois ans d’emprisonnement.
Un chiffre mérite d’être connu, sans être un seuil d’imposition : au titre de la directive européenne DAC7, les plateformes de petites annonces transmettent chaque année à l’administration l’identité et les montants encaissés par tout vendeur dépassant 2 000 € ou 30 transactions. Publier trente annonces de bois sur une saison ne rend pas la vente illégale, mais elle cesse d’être invisible.
Si le pas est franchi : ce que coûte une immatriculation
Le régime micro-BIC vente de marchandises court jusqu’à 203 100 € de chiffre d’affaires pour la période 2026-2028, avec un abattement forfaitaire de 71 %, et la franchise en base de TVA dispense de facturer la moindre taxe jusqu’à 85 000 €. Autant dire que les plafonds ne sont jamais le sujet.
Le coût est ailleurs : les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé et non sur la marge, au taux de 12,3 %. Sur 3 000 € de bois vendus, cela fait 369 € de cotisations, plus la contribution à la formation professionnelle et, la deuxième année, la cotisation foncière des entreprises.
Le bois qu’on ne peut pas vendre, quoi qu’il arrive
Une catégorie échappe à tout arbitrage fiscal, parce que la vente y est interdite en amont.
Le bois d’affouage d’abord : l’article L243-1 du code forestier réserve les coupes délivrées aux affouagistes à leur consommation rurale et domestique, et leur interdit de vendre les bois délivrés en nature. Ni au voisin, ni à prix coûtant, ni pour compenser le gasoil de la coupe, comme le rappellent les règles de l’affouage en forêt communale.
Le bois ramassé en forêt publique ensuite, bois mort au sol compris, qui appartient au propriétaire de la parcelle et non à celui qui le charge.
Ce qu’il faut écrire sur le reçu, et pourquoi
Un particulier n’est pas soumis aux obligations d’information imposées aux professionnels depuis le 1er septembre 2023, la mention de l’essence, de la longueur des bûches et du taux d’humidité sur les documents de vente. Il a pourtant tout intérêt à les reprendre.
D’abord parce que l’unité légale est le mètre cube apparent depuis le décret n° 75-1200, le mot « stère » n’étant toléré que si la longueur des bûches est précisée : un stère coupé en 33 cm ne fait plus que 0,7 m³ apparent une fois rangé, et c’est la première source de litige entre voisins.
Ensuite parce que la vente entre particuliers n’écarte pas la garantie des vices cachés de l’article 1641 du code civil : un acheteur qui découvre du bois à 35 % d’humidité vendu comme sec dispose d’un recours. Un reçu manuscrit portant l’essence, la longueur, le volume en mètres cubes apparents, l’humidité mesurée et la date protège les deux parties, et prend le contrepied des signaux d’alerte des arnaques au bois de chauffage.
Ce que rapporte vraiment un surplus, une fois tout compté
Reste l’arbitrage économique, celui que personne ne pose avant d’accepter le prix du voisin.
| Formule | Prix constaté | Travail restant à faire | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Bois sur pied ou en grume | 20 à 40 € le stère équivalent | tout : abattage, débit, fente, séchage | ceux qui veulent se débarrasser du volume |
| Bûches sèches, en enlèvement | 80 € le stère | aucun, l’acheteur charge | le cas le plus courant entre voisins |
| Bûches sèches, livrées et rangées | 92 à 117 € le stère | remorque, trajets, manutention | ceux qui ont déjà le matériel |
L’écart entre l’enlèvement et la livraison, de l’ordre de 20 à 30 € le stère, rémunère deux heures de manutention et une trentaine de kilomètres. Sur six stères, cela fait 150 € pour une demi-journée pleine, carburant non déduit. C’est rarement le meilleur usage d’un samedi, et cela explique que la quasi-totalité des surplus de particuliers partent en enlèvement, à un tarif calé sur les prix du stère relevés région par région.
Une dernière précaution, qui n’a rien de fiscal : le bois doit être sec pour être vendu comme tel. Un stère à 30 % d’humidité facturé 90 €, c’est de l’eau vendue au prix du chêne, et le genre de transaction qui se règle mal entre gens qui se croisent tous les jours.
Les questions qu’on nous pose le plus
Ai-je le droit de vendre du bois de chauffage à mon voisin ? Oui, si le bois vous appartient et si la vente reste ponctuelle : écouler le surplus d’un abattage fait chez soi, c’est vendre un bien de son patrimoine privé, sans immatriculation ni déclaration. Trois exceptions : le bois d’affouage, le bois acheté pour être revendu, commercial par nature, et la vente répétée à plusieurs acheteurs année après année.
À partir de quel montant faut-il déclarer la vente de son bois ? Aucun seuil en euros ne déclenche la déclaration, c’est la nature de l’activité qui décide. Avec une parcelle cadastrée en nature de bois, le forfait forestier dispense de déclarer la moindre recette de coupe. Avec une activité habituelle, la déclaration est due dès le premier euro. Seul repère chiffré : au-delà de 2 000 € ou 30 transactions annuelles, les plateformes transmettent vos montants au fisc au titre de DAC7.
Peut-on vendre du bois d’affouage ? Non, en aucun cas. L’article L243-1 du code forestier réserve ces coupes à la consommation rurale et domestique du bénéficiaire et interdit la vente des bois délivrés en nature, sans exception de montant ni de destinataire. La sanction est la déchéance des droits sur le lot, complétée le plus souvent par l’exclusion des campagnes suivantes. Le droit d’affouage ne se prête pas davantage qu’il ne se vend.



