La caisse est prête depuis février, montée un dimanche de pluie avec des chutes de planches. On la fixe fin mars, sur le vieux pommier, et on attend. Il ne se passe rien, ni cette année-là ni la suivante.
Le nichoir n’est pas en cause. La date l’est. Dans un jardin, la compétition pour les cavités se joue en hiver, et fin mars le marché est clos depuis longtemps.
Pourquoi la fenêtre est en octobre, pas au printemps
Les mésanges ne cherchent pas un logement au moment de pondre. Elles prospectent dès les premiers redoux de janvier, inspectent les trous disponibles, s’en disputent l’accès, et le couple qui a gagné un site le garde. Un nichoir installé quand la saison de reproduction a commencé arrive après la distribution.
Un nichoir se pose en octobre ou novembre pour le printemps suivant : c’est en hiver que les oiseaux repèrent les cavités qu’ils occuperont en avril.
La pose d’automne a un deuxième mérite, immédiat celui-là. Un nichoir vide n’est pas inutile entre novembre et février : le troglodyte mignon y passe les nuits de gel, parfois à six ou huit entassés dans la même caisse, et les mésanges y dorment seules. L’hiver sert aussi de rodage au bois, qui perd son odeur de scie et prend la teinte du tronc.
Poser plus tard n’est pas perdu d’avance : un nichoir de fin février trouve encore preneur certaines années. Mais chaque semaine de retard se paie en probabilité d’occupation.
Le trou d’envol fait le locataire
C’est le seul réglage dont dispose un nichoir. Le diamètre laisse entrer ce qui passe et interdit le reste, concurrents et prédateurs compris. Tout se joue sur quelques millimètres.
| Espèce visée | Trou d’envol | Fond intérieur | Hauteur de pose |
|---|---|---|---|
| Mésange noire | 25 à 27 mm | 12 x 12 cm | 2 à 4 m |
| Mésange bleue, huppée, nonnette | 26 à 28 mm | 12 x 12 cm | 2 à 4 m |
| Mésange charbonnière, moineau friquet | 32 mm | 12 x 12 cm | 2 à 4 m |
| Moineau domestique | 32 à 40 mm | 14 x 14 cm | 3 à 6 m |
| Sittelle torchepot, étourneau | 46 à 50 mm | 14 x 14 cm | 4 m minimum |
| Rougequeue noir, rougegorge, bergeronnette | façade semi-ouverte | 14 x 14 cm | 1,5 à 3 m |
Entre 28 et 32 mm, il n’y a pas un nichoir plus accueillant mais un nichoir pour une autre espèce : la charbonnière, plus grosse, prend la place de la bleue partout où elle peut entrer. Un trou percé au diamètre de la scie cloche qu’on avait dans l’atelier, souvent 40 mm, ne donne pas un modèle polyvalent : il donne un nichoir à étourneaux.
La dernière ligne du tableau change de logique. Le rougequeue noir, le rougegorge et la bergeronnette grise refusent l’obscurité complète : ils nichent dans des cavités à moitié ouvertes, sous un avant-toit ou dans une anfractuosité de mur. Leur nichoir n’a pas de trou mais une façade ouverte sur sa moitié supérieure, et il se fixe sur un mur abrité, pas sur un tronc.
Les cotes intérieures comptent plus que l’allure
Un nichoir se juge de l’intérieur. Trois dimensions décident de tout, et aucune ne se voit une fois la caisse fermée.
Le fond, d’abord : 12 x 12 cm au minimum pour les mésanges, davantage pour les espèces plus grosses. En dessous, la nichée est à l’étroit dès que les jeunes atteignent leur taille de départ.
La hauteur sous le trou ensuite, cote la plus souvent ratée : au moins 15 cm entre le bas du trou d’envol et le fond. Cette profondeur met les poussins hors d’atteinte d’une patte de chat, d’un bec de pie ou de corneille, tous capables de fouiller un nichoir trop plat. C’est aussi pour cela que le vieux nid se retire chaque année : accumulé, il remonte le fond vers le trou et annule la protection.
L’épaisseur du bois enfin. Comptez 20 mm, et pas les 8 ou 10 mm des modèles décoratifs : la paroi fait ici office d’isolant, et une caisse mince monte à des températures létales sous un soleil de juin. Le contreplaqué ordinaire et l’aggloméré, qui se délaminent en deux hivers, sont à écarter.
Côté essences, un bois brut résistant à l’humidité suffit : douglas, mélèze, chêne, châtaignier, cèdre. Aucun traitement, aucune peinture, aucune lasure. N’utilisez jamais de chutes de bois traité, autoclavé ou de palette d’origine inconnue : les produits qui rendent ces bois impropres à la combustion restent tout aussi indésirables dans une caisse où des oisillons passeront trois semaines. La liste est la même que pour les bois qu’il ne faut jamais brûler.
Trois détails de menuiserie complètent le lot : un toit débordant de 5 cm au-dessus du trou, quelques trous de drainage de 5 mm au fond, et une façade ou un toit démontable pour le nettoyage annuel. Pas de perchoir sous l’entrée : il n’a aucune utilité pour l’oiseau et offre une prise à tout ce qui voudrait fouiller le nid.
Où le fixer, et comment ne pas abîmer l’arbre
La hauteur se situe entre 2 et 5 m pour un nichoir fermé, hors de portée des chats et des curiosités humaines. L’orientation demande plus d’attention qu’il n’y paraît : le trou se tourne vers l’est ou le sud-est, dos aux vents dominants d’ouest et aux pluies qu’ils poussent, mais sans exposer la façade au plein soleil de l’après-midi.
Le nichoir s’incline très légèrement vers l’avant. Un ou deux degrés suffisent pour que l’eau qui coule sur la façade s’éloigne du trou au lieu d’entrer.
La fixation est l’endroit où l’on fait le plus de dégâts. Un nichoir cloué dans un tronc vivant ouvre une blessure permanente, et le clou en acier y reste pour toujours, avec les conséquences que connaît quiconque a déjà abîmé une chaîne de tronçonneuse sur une ferraille oubliée. La bonne méthode tient en trois éléments : un fil gainé ou une sangle autour du tronc, deux tasseaux glissés entre la sangle et l’écorce pour répartir la pression, et une vérification chaque automne, car l’arbre grossit et finit par s’étrangler dans son propre lien.
Reste l’environnement. Un nichoir isolé au milieu d’une pelouse tondue ne se remplit pas : les mésanges nourrissent leurs jeunes de chenilles qu’elles vont chercher à quelques dizaines de mètres. Une haie fournie, un tas de bois, un coin de jardin laissé en friche comptent autant que le nichoir lui-même. C’est un argument de plus pour planter une haie brise-vent qui fournit aussi du bois de chauffage, qui abrite la nourriture autant qu’elle coupe le vent.
Combien en poser sans les laisser vides
L’erreur qui suit la réussite : poser six nichoirs identiques sur six arbres. Les passereaux cavernicoles sont territoriaux, et deux couples de la même espèce ne se tolèrent pas à proximité. Les distances minimales entre nichoirs destinés à la même espèce sont connues : 15 à 20 m pour la mésange bleue, 40 à 50 m pour la mésange charbonnière, 70 à 80 m pour le rougequeue, jusqu’à 200 m pour la bergeronnette grise. Dans un jardin de 800 m², cela laisse la place à un seul nichoir à charbonnière.
La règle pratique en découle : varier les diamètres plutôt que multiplier les modèles identiques. Un 28 mm sur un arbre, un 32 mm à l’autre bout du terrain, un semi-ouvert sous l’avant-toit du garage, et le jardin est correctement équipé.
Fabriquer ou acheter
Une planche de douglas brut de 2 m, en 20 mm d’épaisseur et 20 cm de large, se trouve pour une quinzaine d’euros et fournit les six pièces d’un nichoir à mésanges avec de la marge. Ajoutez des vis inox, qui ne coulent pas de rouille dans le bois, et une scie cloche au bon diamètre. Le chantier occupe une matinée et relève de la même menuiserie sommaire que construire un abri à bûches : des coupes droites, du bois brut, aucune finition.
Dans le commerce, un modèle correct se situe entre 20 et 45 €, et les critères d’achat sont ceux du nichoir fait maison : épaisseur de paroi, profondeur sous le trou, façade démontable. Le béton de bois, mélange de sciure et de ciment, coûte un peu plus cher mais dure vingt ans sans pourrir et amortit mieux les écarts de température. Ce qu’il faut fuir tient en une image : le chalet suisse peint en rouge, perchoir compris, parois de 8 mm, vendu au rayon décoration.
Le reste est affaire de patience. Un nichoir posé en octobre peut rester vide une saison entière avant qu’un couple ne s’y décide, et cela ne veut pas dire qu’il est mal placé. Cela veut dire qu’il attend son tour, ce qui est exactement ce qu’on lui demande.



