Deux devis pour le même conduit de 7 mètres, dans la même maison : 980 € chez l’un, 2 400 € chez l’autre. Les deux annoncent « tubage inox » et les deux disent vrai. Tout l’écart tient dans ce qui n’est pas écrit : la nuance d’acier, le nombre de parois, le contrôle préalable du conduit, et une demi-douzaine de pièces sans lesquelles l’installation n’est pas conforme. Voici de quoi lire ces devis ligne à ligne.
Quand le tubage cesse d’être une option
Aucun texte n’impose de tuber une cheminée par principe. Quatre situations le rendent pourtant incontournable, et elles couvrent la grande majorité des chantiers.
Le raccordement d’un appareil fermé à un conduit ancien, d’abord. Un insert ou un poêle élève la température des fumées et met le conduit en dépression : les joints de boisseaux qui tenaient sous un feu ouvert laissent alors passer les fumées vers les combles ou la chambre du dessus. Le NF DTU 24.1 impose de vérifier la vacuité et l’étanchéité du conduit avant tout raccordement ; sans preuve, l’installateur tube.
Le passage aux granulés ensuite. Les fumées d’un poêle à granulés sortent entre 150 et 200 °C, contre 250 à 350 °C pour un poêle à bûches. Dans un boisseau maçonné, elles condensent, et ces condensats acides attaquent le mortier de l’intérieur.
Le conduit fissuré ou dégradé, évidemment. Et le conduit surdimensionné enfin : un boisseau de 25 par 25 centimètres pour un poêle de 8 kW refroidit les fumées avant qu’elles ne sortent, ce qui fabrique exactement les conditions du bistre qui goudronne un conduit.
Un conduit ancien ne se juge pas sur son âge mais sur son étanchéité et sa section : c’est le diagnostic qui décide du tubage, pas le millésime de la maison.
Une règle vaut dans tous les cas : le tube court sur toute la hauteur du conduit, d’un seul tenant, du raccordement de l’appareil jusqu’au débouché. Un tubage partiel, posé sur les trois derniers mètres parce que c’était plus simple, n’est pas un tubage.
Flexible ou rigide : c’est le conduit qui décide
Le tubage rigide s’assemble élément par élément dans un conduit parfaitement rectiligne. Sa paroi lisse accroche moins les suies, il se ramone mieux et il dure plus longtemps. Sa limite est géométrique : il ne pardonne aucun décalage.
Le tubage flexible, lui, se déroule du haut vers le bas en une seule longueur et épouse les dévoiements, ces décalages que presque toutes les cheminées de maison ancienne comportent au passage de l’étage. C’est la solution la plus posée en rénovation. Le flexible double peau ajoute une seconde enveloppe qui rigidifie le tube et lisse la paroi intérieure.
Reste la référence normative, écrite en petit sur la fiche technique et rarement lue. Un tubage pour appareil à bois se désigne selon la norme EN 1856-2 sous une forme du type T450 N1 D V2 L50 G. T450 est la classe de température, N1 la pression, D le fonctionnement à sec, V2 la résistance à la corrosion des combustibles bois, fioul et gaz, L50 l’inox 316L, et G la résistance au feu de cheminée.
La dernière lettre est celle qui compte. G signifie que le tube supporte un feu de cheminée ; O signifie qu’il ne le supporte pas. Un tubage marqué O est admis derrière une chaudière gaz, jamais derrière un appareil à bûches. Si la désignation complète ne figure pas sur le devis, demandez-la par écrit avant de signer.
Les prix 2026, au mètre et au chantier
| Solution | Prix posé au mètre | Pour quel conduit |
|---|---|---|
| Flexible inox simple paroi | 125 à 195 € | Conduit sain, appareil à bûches |
| Flexible double peau | 165 à 245 € | Le standard en rénovation, avec dévoiements |
| Rigide simple paroi | 225 à 295 € | Conduit rectiligne, budget contenu |
| Rigide double paroi | 275 à 395 € | Conduit rectiligne, durabilité maximale |
| Polymère ou inox pour condensation | 225 à 345 € | Granulés, fumées à basse température |
Ces fourchettes couvrent le tube et la main-d’œuvre. Le matériel seul, acheté en négoce, revient à 50 à 90 € le mètre pour un flexible simple paroi et à 100 à 300 € pour un double peau : la différence entre les deux colonnes, c’est la pose, et elle occupe une à deux journées à deux personnes.
Le calcul complet sur un cas ordinaire, maison de plain-pied à étage, conduit boisseau de 7 mètres avec un dévoiement dans les combles, poêle à bûches de 8 kW : flexible double peau en 150 millimètres à 200 € le mètre, soit 1 400 €, plus 250 € de plaque d’étanchéité et de chapeau, plus 120 € de té de raccordement avec tampon, plus 90 € de ramonage et de contrôle préalables. Le devis honnête ressort à 1 860 € TTC, arrondi à la fourchette 1 800 à 2 100 € selon la région et l’accès.
Les sept lignes qui doivent figurer sur le devis
C’est là que les écarts de prix se logent, presque toujours par omission.
- Le contrôle préalable : ramonage du conduit avant tubage, plus un test d’étanchéité au fumigène ou une inspection par caméra. Comptez 60 à 150 €. Un devis qui n’en parle pas chiffre un chantier que personne n’a encore diagnostiqué.
- Le débistrage éventuel, 300 à 600 €, à provisionner dès le premier devis quand le conduit a servi en foyer ouvert. Poser un tube sur du bistre revient à enfermer un combustible inflammable derrière une tôle.
- La désignation complète du tube : marque, diamètre, nuance d’acier et référence EN 1856-2. « Tubage inox » ne veut rien dire.
- La plaque d’étanchéité en pied de conduit et le chapeau ou la sortie de toit en tête, sans lesquels l’eau de pluie et l’air parasite entrent dans l’espace annulaire.
- Le té de raccordement avec tampon de ramonage, qui permet au ramoneur d’accéder au tube sans démonter l’appareil.
- La ventilation haute et basse de l’espace annulaire, l’espace résiduel entre le tube et la maçonnerie. Elle se matérialise par deux grilles et elle est exigée par le NF DTU 24.1.
- La plaque signalétique apposée en fin de chantier, qui porte la date, les caractéristiques du tubage et l’identité du poseur. C’est la pièce que réclamera l’assureur après un sinistre.
Ajoutez, quand le débouché est difficile d’accès, l’échafaudage ou la nacelle : 300 à 800 € qui n’apparaissent pratiquement jamais sur un devis établi par téléphone.
Le diamètre, la ligne à vérifier deux fois
La section du tubage ne descend jamais en dessous de celle de la buse de l’appareil. Un poêle à bûches à buse de 150 millimètres se tube en 150, pas en 130 parce que le conduit était étroit. À l’inverse, un tube trop large refroidit les fumées et rejoue le scénario du conduit surdimensionné.
Les valeurs courantes se comptent sur les doigts d’une main : 150 millimètres pour un poêle à bûches, parfois 180 pour un insert, 80 millimètres pour un poêle à granulés, porté à 100 sur les grandes hauteurs. Quand le boisseau existant n’accepte pas le diamètre requis, la solution n’est pas de réduire le tube : c’est de reprendre le conduit, ou de créer un conduit neuf, une opération que nous détaillons dans notre guide pour créer un conduit de fumée quand la maison n’en a pas.
TVA, aides et durée de vie
Le tubage réalisé dans un logement achevé depuis plus de deux ans relève de la TVA à 5,5 % lorsqu’il accompagne l’installation d’un appareil de chauffage au bois performant, au titre des travaux d’adaptation du système d’évacuation. Posé seul, en remplacement d’un tubage vieillissant et sans appareil neuf, il retombe à 10 %.
Même logique du côté des aides : un tubage isolé n’ouvre droit à rien, mais il entre dans l’assiette des dépenses éligibles quand il conditionne la pose d’un poêle ou d’un insert, comme le détaille notre point sur les aides 2026 pour un poêle à bois. Le poste se glisse alors dans le devis global de l’installateur RGE, ce qui suffit souvent à faire basculer l’arbitrage entre deux entreprises.
Un tubage inox 316L correctement posé et ramoné chaque année tient de quinze à vingt-cinq ans. Il relève de la garantie décennale de l’entreprise, à condition que la facture mentionne la prestation et que la plaque signalétique soit en place. Deux documents à ranger avec l’attestation de ramonage, dans le même dossier.
Les questions qu’on nous pose le plus
Le tubage d’une cheminée est-il obligatoire ? Pas par principe, mais oui dans quatre cas très fréquents : raccordement d’un insert ou d’un poêle à un conduit ancien non prouvé étanche, conduit fissuré, passage aux granulés dont les fumées condensent, et conduit largement surdimensionné. Le tube doit alors couvrir toute la hauteur du conduit d’un seul tenant.
Combien coûte un tubage de cheminée en 2026 ? De 125 à 395 € le mètre posé selon la solution, soit 1 150 à 1 700 € de tube et de pose sur un conduit de 7 mètres. Avec le contrôle préalable, la plaque d’étanchéité, le chapeau et le té de raccordement, un chantier courant se règle entre 1 500 et 2 500 € TTC.
Faut-il un tubage flexible ou rigide ? Le rigide pour un conduit parfaitement droit, le flexible dès qu’il existe un dévoiement, ce qui est le cas le plus courant en rénovation. Dans les deux cas, inox 316L et désignation EN 1856-2 se terminant par G, la lettre qui atteste la tenue au feu de cheminée.



